Lorsqu’on parle d’innovations médicales — nouveaux médicaments, nouvelles technologies, méthodes de diagnostic ou de prise en charge — on ne pense pas toujours à ce qui les rend possibles : la recherche clinique. Pourtant, c’est elle qui permet de transformer les découvertes scientifiques en traitements concrets pour les patients. Vincent Diebolt, directeur hospitalier, directeur de la structure nationale de recherche clinique F-CRIN nous expose pourquoi il est important de structurer l'activité de recherche clinique et nous présente le résultat de son engagement depuis plus de 20 ans.
« Il y a encore quelques décennies, cette activité était relativement peu visible et donc peu structurée en France ». La recherche clinique n’était pas abordée dans la formation des directeurs d’hôpitaux au début des années 1990 et Vincent Diebolt se définit comme un « autodidacte » de la recherche clinique. Son premier poste au CHU de Montpellier, lui a permis de découvrir cette activité et de s’engager pour son développement et sa structuration au niveau national.
« La loi Huriet-Sérusclat publiée une dizaine d’années auparavant (en 1988) avait posé les bases de la réglementation de la recherche clinique en France et contribué à une prise de conscience générale : pour améliorer les soins, il fallait aussi développer la recherche clinique auprès des patients.
Depuis lors, la recherche clinique est devenue un enjeu stratégique à l’échelle internationale. L’Asie, les pays émergents se sont fortement engagés dans ce domaine, créant une concurrence directe avec l’Europe et notamment la France. Pour rester un acteur important de cette dynamique de recherche, la France a dû mieux structurer son activité et faciliter la coopération entre les équipes de recherche afin de pouvoir réaliser les essais cliniques en temps et en heure avec le nombre prévu de patients inclus.
C’est précisément dans ce contexte qu’a été créée en 2012 la structure F-CRIN (French Clinical Research Infrastructure Network). Son objectif : fédérer les compétences présentes sur l’ensemble du territoire afin de rendre la recherche française plus visible, plus efficace et plus compétitive à l’échelle internationale.
Aujourd’hui, F-CRIN coordonne 26 réseaux thématiques nationaux de recherche clinique réunissant des équipes de recherche dans de nombreux établissements hospitaliers partout en France. Chaque réseau rassemble en moyenne plus de vingt centres, permettant de conduire des essais cliniques sur l’ensemble du territoire et non plus seulement dans quelques grands centres hospitaliers universitaires parisiens ou régionaux.
Cette organisation en réseaux, avec une participation à son actif fin 2025 à près de 1100 essais cliniques, présente plusieurs avantages :
– référencer les équipes de recherche clinique expertes et opérationnelles sur une thématique médicale donnée ;
– mobiliser rapidement les centres capables d’inclure des patients dans un essai clinique ;
– initier et coordonner les projets de recherche à l’échelle nationale et internationale.
Concrètement, pour chaque réseau thématique, sa coordination, point de contact identifié, permet aux promoteurs académiques de recherche et aux industriels en santé de repérer rapidement les équipes capables de mener une étude, ce qui accélère la mise en place des essais.
Deux exemples :
– Grâce à la mobilisation du réseau « I-REIVAC » au début de la pandémie du COVID, une plateforme internet d’appel à participation, « Covireivac », a permis de référencer plus de 50 000 volontaires pour expérimenter des candidats vaccins.
– « NS-PARK », le réseau de recherche sur la Parkinson, a initié et conduit une recherche sur le repositionnement du Lixisénatide, un médicament prescrit jusque-là dans le traitement du diabète, avec la démonstration d’un impact sur le ralentissement d’un certain nombre de symptômes chez les patients parkinsoniens.
Un autre changement important est l’ouverture progressive de la recherche clinique au-delà de l’hôpital. Certains réseaux F-CRIN travaillent désormais avec des médecins de ville, permettant ainsi de mener des essais au plus près des patients. « MUST » réseau de recherche en soins primaires, a pour ambition de développer la recherche au sein des maisons et centres de santé, donc très proche des patients vus au quotidien. Cette évolution facilite la participation des patients aux études et rend la recherche plus représentative de la réalité des soins.
Et demain ? La recherche clinique évolue en permanence avec l’acquisition de connaissances scientifiques et médicales. De nouvelles approches apparaissent, comme les essais cliniques décentralisés, les études utilisant l’intelligence artificielle ou encore l’évaluation de dispositifs médicaux numériques, tels que la télésurveillance des patients. Ces innovations ouvrent la voie à une médecine plus personnalisée et mieux adaptée aux besoins des patients.
Au-delà de l’amélioration des soins, la recherche clinique représente aussi un enjeu économique et stratégique pour la France. Elle permet de développer des innovations thérapeutiques, d’attirer des investissements internationaux et de maintenir une expertise scientifique de haut niveau.
En structurant les compétences et en favorisant la collaboration entre chercheurs, hôpitaux et professionnels de santé, la France se donne les moyens de rester un acteur majeur de l’innovation médicale. Et, surtout, de faire en sorte que les patients puissent bénéficier plus rapidement des progrès de la médecine. »
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F-CRIN (French Clinical Research Infrastructure Network), est une plateforme nationale dédiée au développement de la recherche clinique française. Elle est portée par l’Inserm en association avec les hôpitaux, les industriels en santé et les universités, et soutenue par l’Agence nationale de la recherche et le Ministère de la santé ainsi que par plusieurs centres hospitaliers universitaires.
Pour en savoir plus sur F-CRIN : fcrin.org
Réseau I-REIVAC ireivac.fcrin.org
Réseau NS-PARK nspark.fcrin.org
Réseau MUST